« BILL KAULITZ REVIENS ICI DE SUITE ! »
« VA TE FAIRE FOUTRE CONNARD ! J'AI D'ORDRE À RECEVOIR DE PERSONNE. C'EST CLAIR ?! »
_ Je sors en claquant la porte des loges. Celui à qui je viens de dire d'aller se faire voir ? David. David Jost. Notre ex-producteur accessoirement nouveau manageur. Déjà qu'il se prenait pour le grand manitou alors là, il se sent plus. Ce soir, on a dû écourter le concert. Plus de voix. Le peu qu'il m'en restait, je l'ai rassemblé pour lui gueuler dessus. Ich bin da... C'est le public qui l'a chanté. Dès lors que j'ai quitté la scène, je suis parti m'effondrer dans la loge. Je m'en voulais alors qu'est ce que je pouvais faire de plus ? Puis mon frère, Georg & Gustav sont arrivés, suivis de près par David qui n'a pas attendu une seconde pour me dire ce qu'il pensait de mon soi-disant manège. & puis moi aussi je lui ai dit le fond de ma pensée. Moi aussi j'ai pété un plomb alors je suis parti pour faire le vide.
Dans les couloirs du Dôme, bon nombre de techniciens s'affairent à démonter la scène, qu'ils ne remonteront pas demain. Ils peuvent me remercier... Un jour de repos grâce à moi ! Beaucoup me dévisagent. Des personnes que je ne connais pas. Finalement, c'est tout en haut des gradins que je trouverai la solitude dont j'ai besoin & que je laisserai mes larmes coulées.
« Ca va pas ? »
_ Une voix provenant de derrière me fait sursauter. J'essuie rapidement mes yeux.
« Si très bien. Merci. »
« Sûr ? »
« T'es qui d'abord ? »
« Oh ça n'a pas d'importance. »
« Ok bah salut alors ! »
« J'avais entendu dire que Bill Kaulitz était pas aimable mais à ce point là... »
« Bah maintenant tu le sais. »
« En tous cas, t'as p'tete perdu ta voix, mais t'as pas perdu ton sens de l'amabilité. »
« Qu'est ce que tu veux ? »
« Rien de bien spécial... Mais voir quelqu'un pleurer et le laisser sans rien faire, c'est pas trop mon truc tu vois. »
« Tu fais dans le social ? Dommage j'ai pas besoin d'aide. »
« ... »
« ... »
« Puisque c'est comme ça. J'm'en vais. »
_ Merde. Elle s'en va vraiment !
« Euuuh... Attends ! »
« Quoi ? »
« Tu... Tu t'appelles comment ? »
_ Ah oui bien joué Bill...
« J'te l'ai dit. Ca n'a pas d'importance. »
« Ah bon... Qu'est ce que tu fais ici ? »
« J'me suis infiltrée dans le Dôme, histoire de partir à la chasse aux TH... Pis j't'ai vu ! »
_Hein ?!
« J'rigole. J'aime pas votre musique. J'viens juste rendre visite à mon père qui est technicien du son sur votre tournée. »
« Oh... Ok... »
« Fais pas cette tête garçon ! C'pas parce que j'aime pas ton groupe que je vous déteste pour autant. T'as pas l'habitude c'est ça hein ? »
« A vrai dire ; non pas trop. »
« Qu'est ce qui s'est vraiment passé ce soir ? »
« Plus de voix... »
« Mais encore ? »
« ... »
« Si tu veux pas en par... »
« Au départ, on devait juste revenir en France. Paris, Marseille & Montpellier pour se faire pardonner des deux concerts annulés en octobre dernier. & puis comme les fans en veulent toujours plus avec leurs pétitions à la con & la maison de disque qui ne voit en nous qu'une machine à fric, ça s'est transformé en 1000 Hotels European Tour avec pas moins de vingt cinq dates dans toute l'Europe & juste une date chez nous, en Allemagne. Tu te rends compte ? En moyenne, un jour de repos entre deux dates d'affilées. & Puis aujourd'hui, on devait assurer le show à Marseille. & je n'ai pas tenu. Lorsque j'suis sorti de scène pour me changer, j'ai fait part à David du problème. Evidemment, il s'est pas gêné. Les autres avaient compris, mais pas lui. Si je terminai pas ce soir, ça voulait dire presque assurément que les jours suivants devaient être eux aussi annulés. Deux, trois, quatre représentations voire peut être plus. Ca fait maintenant quatre ans qu'on est à ce rythme là. Je... Je tiens plus. C'est qu'une toute petite chose le fait de plus avoir de voix. Physiquement mais surtout moralement, j'suis HS. On voit plus nos familles. Ma mère me manque. Mes amis aussi. J'en peux plus de tous ces gens hypocrites qui essayent de nous approcher par tous les moyens. De ces journaleux qui feraient tout pour nous démolir avec leurs rumeurs à la con. De ces interviews où on nous pose trente six fois la même question. De ces filles qui hurlent des « Ich liebe dich » alors qu'elles ne nous connaissent même pas. Tu comprends ? Je suis au bout du rouleau mais ça, personne n'y peut rien. Même pas moi. »
« Bien sûr que si tu le peux. »
« Qu'est ce que tu racontes ?! Non j'peux pas. J'ai le contrôle sur rien. »
« Toi. Vous quatre. Vous êtes la clé de tout. »
« C'est-à-dire ? »
« C'est-à-dire que si vous arrêtez, ensemble, juste un moment, personne ne pourra vous en empêcher. »
« Mais c'est impossible. »
« Si ça l'est. & tu le sais. Vous le savez mais vous n'avez jamais osé. »
« Peut être... Mais & les fans ? Elles ne comprendront jamais ! T'imagines même pas ! »
« Si ce sont vraiment des fans, des vraies, elles comprendront. Merde, vous n'êtes que des humains. & Pas des robots ! Tu crois pas qu'elles ne veulent que votre bien ? Qu'elles sont en ce moment même en train de s'inquiéter pour vous, pour toi ? »
« Pas toutes. »
« Alors elles ne méritent pas que vous preniez en compte ce qu'elles veulent. Ce ne sont que des égoïstes. Tu dois te reposer Bill. Vous devez faire un break. C'est vital. & tu le sais très bien. »
« Pourquoi... Pourquoi tu sembles si bien connaître la situation ? »
« Bah euuuh... Ma meilleure amie est fan alors je m'informe auprès d'elle des nouvelles du groupe le plus en vue du moment. »
« Oué... Je sais pas... Je vais réfléchir. »
« Ne perds pas de temps. Tu... Tu risques ta santé. »
« J'en suis de plus en plus conscient. »
« Alors parles-en aux autres. »
_ Elle a raison.
« Bon je vais te laisser. Mon frère devrait bientôt avoir fini. »
« Je croyais que tu attendais ton père... »
« Ah... Oui bin tu sais, ça arrive de ripper sur les mots ! C'est mon père oui. Mon père ne va pas tarder. »
« Je... Dis moi au moins ton prénom s'il te plaît. »
« Non, tu n'as pas besoin de le savoir. »
« Mais on se reverra ? Fin je veux dire, si moi je veux te revoir, comment je fais ? »
« Alors je trouverai le moyen de revenir. Mais tout dépendra de toi. »
« De moi ? »
« Oui de toi. De ce que tu décideras. »
_ Elle s'éloigne en me souriant. Tout est en entre mes mains désormais. Grâce à Elle.
...
_ Ca fait dix mois. Dix longs mois. Après notre discussion, j'ai pris mon courage à deux mains & j'ai annoncé à Georg, Gustav & Tom qu'il était temps. Temps pour nous de faire une pause. C'était plus qu'urgent & nous en avions tous les quatre besoin. Le groupe contre Jost & Universal. Finalement, sans Tokio Hotel, ils n'étaient plus rien. Alors ils ont accepté. Pour notre plus grand soulagement. Et celui des fans apparemment. Bien sûr, on s'est fait descendre par beaucoup. C'est là qu'on a réellement pris conscience qu'elles ne nous considéraient pas si bien que ça. Heureusement, les autres, celles qui restaient, étaient là pour nous soutenir & nous avaient fait savoir qu'elles seraient là le jour J. Ce jour est arrivé. On a fixé des règles. Pas plus de dix dates pour chaque tournée. Les interviews, c'est nous qui les décidons & pas quand les journalistes le veulent. A ce qu'on sache, le groupe ce n'est pas que les jumeaux Kaulitz alors Gustav & Georg seront tout aussi mis en avant que mon frère & moi. On avance à notre rythme. & tant pis si ça ne plait pas. Ce soir, Tokio Hotel est de retour. A Berlin. Sold out. On a décidé de commencer avec une toute nouvelle chanson, composée pendant ces dix mois d'absence totale : Wiedergeburt ( Renaissance ). Pas une seule seconde je n'ai cessé de penser à Elle. J'espère tellement la revoir. Ce soir peut être.
...
_ In die Nacht. Acoustique. Comme d'habitude, nous nous asseyons sur l'avancée. Je scrute le public. Puis devant moi, je la vois. Enfin. Mon sourire s'agrandit encore plus. Le sien aussi. Dans les coulisses, avant de remonter sur scène pour le final, je demande à Saki de la faire passer. Il ne comprend pas. Mais c'est ce que je veux. Elle m'avait dit que tout dépendait de moi.
...
_ Epuisé mais heureux je quitte la scène. Au détour du couloir, je la vois. Mon c½ur s'accélère. Je marche vite. Puis je me stoppe devant Elle, ne sachant pas quoi faire. Finalement c'est Elle qui fera le premier pas, en me serrant dans ses bras.
« J'te l'avais dit que tout dépendrait de toi Kaulitz ! »
« Merci. »
« T'es grand. Tu l'as fait tout seul. »
« Non. Tu m'as aidé. Beaucoup plus que tu l'imagines. »
_ Elle quitte mes bras puis baisse la tête.
« J'ai juste voulu te rendre la pareil en quelques sortes. »
« Comment ça ? »
« C'est toi qui m'a sauvé. Komm und rette mich. Ich schaff's nich' ohne dich. »
« Quoi ? T'as appris les paroles ? »
« T'es idiot ou quoi ?! J'ai menti espèce de crétin ! »
« ... »
« Vous m'avez juste redonné le sourire & l'envie de vivre. Y'a maintenant quatre ans de ça. »
« ... »
« Je... Je suis désolée. Finalement, c'était une mauvaise idée de venir. J'y vais. Je suis contente que tout aille mieux maintenant. »
_ Bordel ! Fais quelque chose sinon tu vas vraiment passer pour un abruti ! Alors qu'elle commence à partir, je la retiens et la resserre dans mes bras. De peur qu'elle ne parte vraiment. & qu'elle ne revienne plus jamais.
« Komm und rette mich. Ich verbrenne innerlich. Komm und rette mich. Ich schaff's nich' ohne dich. »